Bridging the gap
Sankofa, mode d'emploi : trois gestes pour décider avec son passé
Par Blackness Team
Bridging the gap
Par Blackness Team
On porte Sankofa autour du cou, sur un tee-shirt, dans le dos d'une veste. L'oiseau qui retourne la tête est devenu un logo. Mais Sankofa n'est pas une image. C'est un geste. Et un geste, ça s'apprend.
Le proverbe akan dit : Se wo were fi a, wo san ko fa a yenkyi. « Si tu as oublié quelque chose et que tu retournes le chercher, ce n'est pas tabou. » Relis. Le proverbe n'ordonne rien. Il autorise. Loin du « n'oublie pas tes racines » qu'on lui a collé, il ne parle même pas de racines. Il parle d'un aller-retour. Regarde l'oiseau : ses pattes avancent, seule sa tête se retourne. Sankofa ne fait pas demi-tour.
Reste la vraie question : retourner chercher quoi ? En montant cette marque, on a fini par comprendre que la réponse tient en trois gestes.
« Raconte-moi le pays. » On l'a tous dit. Et on a tous reçu la même chose : la version répétée cent fois, polie par les années, la carte postale. C'est ce qu'une question vague déclenche : un récit. Un récit s'écoute. Il ne se réutilise pas.
Pose plutôt une question qui part de ce que tu vis. Tu hésites à changer de métier ? « Pourquoi tu as choisi le tien ? Qu'est-ce que tu referais autrement ? Raconte-moi le jour où tu as su qu'il fallait partir. » Ces questions n'ont pas de réponse toute prête. Elles obligent à retourner dans le moment où rien n'était encore décidé. Et elles disent à l'aîné : je te prends au sérieux, comme un témoin.
Ce qu'il te rend n'est plus un récit. C'est un enseignement. Et il te servira, parce que tu l'as cherché pour ça.
Tout ne se dit pas. La romancière américaine Alice Walker cherchait d'où venait son écriture. Elle a trouvé la réponse dans le jardin de sa mère : plus de cinquante variétés de fleurs, replantées chaque année, après les journées de travail. Sa conclusion : « Nous avons toujours regardé en haut, alors qu'il fallait regarder en haut, et en bas. »
Le savoir hérité n'est presque jamais signé comme un savoir. Il est rangé dans une recette, une façon de recevoir, une façon de gérer l'argent. La tontine, par exemple : on cotise à plusieurs, chacun prend son tour. Des Africains de Newport la faisaient tourner dès 1780. La première coopérative de crédit américaine ouvrira en 1908, cent vingt-huit ans plus tard.
Dernier geste, le plus important. Ce que tu rapportes, ne le copie pas tel quel. Une règle dit quoi faire, et certaines méritent d'être gardées. Mais une règle vieillit avec son époque. Un critère dit comment juger, il traverse. Walker est sortie du jardin de sa mère avec deux critères : l'amour du beau, le respect de la force. Elle ne jardine pas. Elle écrit. Toute son œuvre tient sur ces deux critères.
C'est la différence entre imiter son passé et décider avec.
Le 25 août, notre collection Sankofa sort. On l'a voulue comme un rappel, pas comme un raccourci. Porter Sankofa n'engage à rien. Faire Sankofa engage à tout. C'est notre devise en un symbole : on honore le passé pour construire l'avenir, parce que sans le premier, le second n'a pas de matière.
Note : Sankofa est un adinkra, l'un des symboles graphiques des peuples akan du Ghana et de Côte d'Ivoire. Chaque adinkra condense une maxime, imprimée sur les tissus depuis au moins le début du XIXᵉ siècle.
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